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Types de crevasses et mécanismes de formation

Les crevasses sont l'une des caractéristiques les plus emblématiques — et les plus dangereuses — des glaciers. Ces fissures ouvertes dans la glace, qui peuvent atteindre plusieurs dizaines de mètres de profondeur et de largeur, fascinent et effraient à la fois. Leur formation obéit à des mécanismes mécaniques précis liés à la déformation de la glace sous contrainte. Comprendre ces mécanismes permet non seulement de mieux appréhender la dynamique glaciaire, mais aussi d'anticiper les zones dangereuses lors de la progression sur un glacier.

La glace se comporte comme un matériau visco-élastique : elle peut se déformer lentement sous une contrainte prolongée (propriété utilisée dans l'écoulement glaciaire), mais elle est fragile sous une contrainte rapide. Lorsque la tension de traction dans la glace dépasse un seuil d'environ 90 à 150 kilopascals, la glace se fissure de façon abrupte, créant une crevasse. Ce seuil de rupture est relativement bas comparé à d'autres matériaux, ce qui explique la fréquence des crevasses sur les glaciers en mouvement.

Crevasses transversales

Les crevasses transversales se forment perpendiculairement à la direction d'écoulement du glacier, là où celui-ci accélère soudainement. L'accélération crée des tensions de traction longitudinales qui ouvrent des fissures perpendiculaires au sens de la pente. Les zones typiques de formation des crevasses transversales sont les ruptures de pente — là où le glacier passe d'une section douce à une section plus inclinée — et les confluences de glaciers tributaires.

Sur le glacier du Géant dans le massif du Mont-Blanc, les crevasses transversales qui marquent la transition entre le plateau supérieur et la descente vers la Vallée Blanche sont spectaculaires et bien visibles depuis les remontées mécaniques de l'Aiguille du Midi. Sur le glacier Khumbu au Népal, la zone d'icefall (chute de glace) juste au-dessus du camp de base de l'Everest est une succession chaotique de crevasses transversales et de séracs instables.

Crevasses longitudinales

Les crevasses longitudinales s'orientent parallèlement à l'axe d'écoulement du glacier. Elles se forment lorsque le glacier s'étale latéralement dans une zone de divergence, comme à l'aval d'un col ou lorsque la vallée s'élargit. Les tensions de traction transversales qui en résultent ouvrent des fissures dans le sens de la progression.

Les crevasses longitudinales sont souvent présentes sur les flancs des glaciers larges, là où la glace centrale s'écoule plus vite que la glace marginale. Sur le glacier Aletsch en Suisse, les moraines médianes qui marquent les anciennes lignes de convergence de tributaires séparent des zones à topographie distincte ; les bords de ces zones sont souvent marqués par des crevasses longitudinales.

Crevasses marginales

Les crevasses marginales se développent aux bords d'un glacier, à l'interface entre la glace en mouvement et les parois rocheuses latérales ou les versants qui la contraignent. La différence de vitesse entre le centre du glacier (rapide) et ses marges (plus lentes en raison du frottement contre les parois) crée des contraintes de cisaillement qui ouvrent des crevasses orientées à 45 degrés environ par rapport à la direction d'écoulement.

Ces crevasses marginales peuvent être particulièrement pernicieuses pour les alpinistes qui longent les rives d'un glacier : apparemment sûres car sur une zone où la neige est souvent compactée, elles peuvent cacher des fissures profondes sous des ponts de neige d'apparence solide.

Crevasses en bergschrund et rimaye

Le bergschrund (ou rimaye en français) est une crevasse particulière qui sépare la glace en mouvement d'un glacier de la glace morte ou de la neige adhérant aux parois rocheuses en haut d'un cirque glaciaire. Il marque la limite supérieure de la zone de mouvement du glacier. Le bergschrund peut être une barrière significative pour les alpinistes qui tentent d'accéder à un couloir ou à un itinéraire rocheux depuis un glacier.

La rimaye est particulièrement redoutable en fin de saison estivale, lorsque la neige qui la recouvrait en hiver a fondu et que la fissure est grande ouverte. Sur les grandes faces nord des Alpes — Grandes Jorasses, Eiger, Matterhorn — le franchissement du bergschrund est souvent l'un des passages clés de l'itinéraire.

Consultez la carte des glaciers mondiaux pour explorer la distribution des différents types de glaciers et identifier les zones à fort potentiel de crevassement.

Ponts de neige : les pièges invisibles

L'aspect le plus dangereux des crevasses pour l'alpiniste est qu'elles peuvent être complètement dissimulées sous des ponts de neige. En hiver et au printemps, les chutes de neige comblent progressivement les crevasses ou les surmontent d'une arche de neige consolidée. Ces ponts peuvent supporter le poids d'une personne… ou se rompre sans avertissement.

La résistance d'un pont de neige dépend de l'épaisseur et de la cohésion de la neige, de la température (une neige froide est plus résistante qu'une neige chaude et humide), et de la largeur de la crevasse sous-jacente. Au printemps, à mesure que la neige devient plus lourde et humide, les ponts qui avaient résisté tout l'hiver deviennent soudainement dangereux.

Distribution des crevasses sur un glacier

La répartition des crevasses sur un glacier n'est pas aléatoire : elle reflète la géométrie du lit rocheux sous-jacent et les variations de vitesse d'écoulement. Les zones les plus dangereuses sont généralement les ruptures de pente (séracs et chutes de glace), les confluences de glaciers, les zones d'accélération sur lit convexe, et les marges latérales. Les glaciologues utilisent des modèles mécaniques et des mesures de vitesse de surface par GPS pour prédire les zones de crevassement, information précieuse pour la planification des expéditions et des travaux en milieu glaciaire.