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Techniques de sauvetage en crevasse que tout alpiniste doit connaître

Tomber dans une crevasse est l'un des accidents les plus redoutés sur glacier. Pourtant, avec une bonne préparation et la maîtrise des techniques de sauvetage appropriées, ce type d'accident n'est pas forcément fatal — même loin de tout secours extérieur. Les alpinistes qui progressent en cordée sur glacier peuvent et doivent apprendre à se sortir eux-mêmes ou à secourir un compagnon tombé dans une crevasse. Cette autonomie peut sauver des vies dans des zones où un hélitreuillage peut prendre des heures à intervenir.

Les techniques de sauvetage en crevasse font partie du bagage de base enseigné dans toutes les formations de sécurité en montagne, qu'elles soient dispensées par les guides de haute montagne UIAGM en Europe ou par les programmes de mountain rescue nord-américains. Elles s'apprennent sur le terrain, dans des conditions contrôlées, et doivent être régulièrement pratiquées pour rester opérationnelles.

Prévenir la chute totale : le rôle de la cordée

La prévention est la première ligne de défense. Sur un glacier crevassé, chaque membre de la cordée doit être conscient du risque et observer le terrain. Un pont de neige qui sonne creux sous les pas, une dépression linéaire dans la surface, une rupture de teinte dans la neige sont des indices qui doivent inciter à contourner plutôt qu'à traverser directement.

Si malgré tout un membre de la cordée perce un pont et commence à tomber, les autres membres doivent immédiatement s'arrêter, se jeter au sol, planter leur piolet et exercer leur poids sur la corde pour arrêter la chute. La rapidité de réaction est décisive : une chute libre dans une crevasse peut dépasser plusieurs mètres avant d'être stoppée. Une corde bien tendue dans la cordée donne du temps pour réagir.

L'autosauvetage : remonter seul sur la corde

Si la personne tombée dans la crevasse est consciente, indemne, et que les parois de la crevasse ne sont pas trop évasées, l'autosauvetage est la solution la plus rapide. Il nécessite d'avoir sur soi en permanence deux bloqueurs mécaniques (ou à défaut deux nœuds de Prussik montés sur cordelettes), une sangle ou longe, et idéalement des crampons encore aux pieds.

La technique standard consiste à monter deux bloqueurs (ou Prussiks) sur la corde d'assurage : l'un supérieur pour soutenir le poids du corps, l'autre inférieur pour servir de pédale de pied. En alternant le transfert de poids entre les deux bloqueurs et en les faisant progresser alternativement vers le haut, on peut remonter sur la corde de façon autonome. Sur les lèvres de la crevasse, l'obstacle principal est le bord en surplomb : il faut souvent s'y hisser au bras en utilisant l'intégralité de sa force musculaire.

L'arrêt de chute depuis la surface : position de sécurité

Les membres restés en surface ont une tâche immédiate et critique. Dès qu'ils sentent le poids du tombeur sur la corde, ils doivent s'aplatir au sol, planter leur piolet dans la neige ou la glace, et placer leur corps entre le bord de la crevasse et leur piolet pour maximiser le freinage. Sur une neige dure, un seul rescapeur peut suffire pour tenir le poids d'un partenaire. Sur glace vive, c'est nettement plus difficile — d'où l'importance de progresser avec au moins trois personnes en cordée dans les zones les plus crevassées.

Une fois le tombeur stoppé, la priorité est d'ancrer solidement la corde pour avoir les mains libres pour organiser le sauvetage. Une broche à glace vissée dans la paroi, un piolet enterré en ancre de corps-mort dans la neige, ou un piolet planté horizontalement dans la neige profonde sont des solutions d'ancrage rapides.

Le mouflage : systèmes mécaniques de remontée

Si la personne dans la crevasse est inconsciente, blessée, ou si les parois sont trop glissantes pour l'autosauvetage, les rescapeurs en surface doivent la remonter par leurs propres moyens en utilisant un mouflage. Le mouflage est un système de poulies qui multiplie la force exercée par les rescapeurs.

Le mouflage à trois brins (C-rescue ou Z-pulley) est le plus couramment utilisé car il peut être monté avec du matériel standard de cordée. Il multiplie la force par trois, permettant à un seul rescapeur de remonter un adulte de poids normal. Le montage nécessite deux bloqueurs (ou Prussiks), deux mousquetons à verrouillage et la corde elle-même disposée en Z. L'opération prend généralement cinq à dix minutes pour un alpiniste entraîné, ce qui est long lorsque la victime est en hypothermie dans une crevasse froide.

Parcourez la carte des glaciers pour repérer les zones les plus fréquentées où des patrouilles de secours organisées sont disponibles, et celles où l'autonomie est indispensable.

La lèvre de crevasse : le point critique

Le moment le plus difficile du mouflage est le passage de la lèvre de la crevasse. Le bord d'une crevasse est souvent en surplomb, constitué de neige compactée qui peut s'effondrer sous le poids de la victime et sous l'effort des rescapeurs. Il est recommandé de creuser ou d'élargir la lèvre avec un piolet pour créer un sillon par lequel la victime peut passer sans être bloquée par un surplomb.

Placer sous la corde un objet rigide (un piolet posé transversalement) pour éviter que la corde ne s'enfonce dans la neige molle et crée un frottement supplémentaire est une pratique standard. Plus le frottement est faible, moins de force est nécessaire pour remonter la victime.

Formation et pratique régulière

Les techniques de sauvetage en crevasse perdent leur efficacité si elles ne sont pas pratiquées régulièrement. Les nœuds de Prussik se font et se défont en quelques secondes pour quelqu'un qui les pratique régulièrement, mais sont sources de confusion sous stress pour quelqu'un qui ne les a pas refaits depuis deux ans. Des stages de sécurité glaciaire sont organisés chaque été par la plupart des bureaux de guides alpins et des clubs de montagne, et des exercices de révision avant chaque saison sont fortement recommandés.

Prendre le temps d'apprendre ces techniques est un investissement minimal au regard de ce qu'il permet : la capacité de s'aventurer sur les glaciers du monde avec une confiance fondée sur des compétences réelles plutôt que sur la chance.