Le mal des montagnes sur les sommets englacés : prévention et traitement
Gravir un sommet glaciaire n'est pas seulement une question de technique sur glace ou de condition physique. Dès que l'on dépasse 2 500 mètres d'altitude, le corps humain doit s'adapter à une atmosphère appauvrie en oxygène, et cette adaptation a ses limites. Le mal aigu des montagnes (MAM) est l'une des principales causes d'abandon et de situations d'urgence médicale en haute montagne, y compris sur des itinéraires techniquement accessibles mais situés à haute altitude.
Comprendre les mécanismes physiologiques du mal des montagnes, savoir en reconnaître les signes avant-coureurs et connaître les bonnes pratiques de prévention sont des compétences indispensables pour tout alpiniste ou randonneur qui s'engage sur des glaciers d'altitude. Ces connaissances peuvent faire la différence entre une expédition réussie et une évacuation médicale d'urgence.
Pourquoi l'altitude affecte le corps humain
À des altitudes élevées, la pression atmosphérique diminue, ce qui réduit la pression partielle de l'oxygène dans l'air respiré. À 5 000 mètres, la pression atmosphérique représente environ la moitié de celle observée au niveau de la mer, et chaque inspiration apporte donc deux fois moins de molécules d'oxygène. Le corps réagit en augmentant le rythme respiratoire et cardiaque, mais ces adaptations immédiates sont insuffisantes pour compenser pleinement le déficit.
L'acclimatation progressive — la production accrue de globules rouges, la modification de la chimie du sang, le renforcement de la capillarisation musculaire — prend des jours à des semaines. Si l'ascension est trop rapide, le cerveau et les poumons peuvent souffrir d'un manque d'oxygène, déclenchant les symptômes du mal des montagnes.
Les trois formes du mal des montagnes
Le mal aigu des montagnes sous sa forme bénigne se manifeste typiquement dans les 6 à 12 heures suivant l'arrivée à une nouvelle altitude. Les symptômes courants incluent un mal de tête, de la fatigue, des nausées, une perte d'appétit et des troubles du sommeil. Ces symptômes ressemblent à une gueule de bois prononcée, ce qui n'est pas fortuit : les mécanismes physiologiques impliqués sont proches. Sur les glaciers du mont Blanc (4 807 m), du Kilimandjaro (5 895 m) ou de l'Aconcagua (6 961 m), de nombreux alpinistes connaissent cette forme légère lors de leur première nuit en altitude.
L'oedème pulmonaire de haute altitude (OPHA) est une forme grave et potentiellement mortelle dans laquelle du liquide s'accumule dans les poumons. Les symptômes incluent un essoufflement croissant au repos, une toux productive — parfois avec des crachats roses — et une cyanose (coloration bleue des lèvres). L'OPHA peut progresser rapidement et nécessite une descente immédiate.
L'oedème cérébral de haute altitude (OCHA) est la forme la plus dangereuse. Le gonflement du cerveau provoque une ataxie (démarche instable), une confusion mentale et, sans traitement, le coma. C'est une urgence médicale absolue. Sur l'Himalaya, des alpinistes expérimentés ont succombé à l'OCHA, parfois confondant les symptômes initiaux avec une simple fatigue.
Règles d'or pour la prévention
La règle fondamentale en haute montagne est simple à formuler mais difficile à respecter sous la pression de l'ambition : ne jamais monter plus vite que le corps ne peut s'adapter. Les recommandations générales préconisent de ne pas dépasser un gain d'altitude de 300 à 500 mètres par jour au-dessus de 3 000 mètres, en prenant un jour de repos toutes les trois étapes environ.
La règle "monte haut, dors bas" est un principe opérationnel central. Sur les grandes expéditions himalayennes, les alpinistes effectuent des rotations d'acclimatation : ils montent jusqu'au camp 2 ou 3, puis redescendent au camp de base pour dormir, permettant au corps de s'adapter sans maintenir le stress physiologique en permanence. Sur le glacier du Khumbu au Népal, les expéditions vers l'Everest respectent généralement une phase d'acclimatation de plusieurs semaines avant toute tentative sérieuse au-dessus de 7 000 mètres.
Hydratation et alimentation en altitude
La déshydratation aggrave les symptômes du mal des montagnes. En altitude, l'air est plus sec, la respiration s'accélère, et les pertes hydriques sont plus importantes qu'au niveau de la mer. Une hydratation abondante — plusieurs litres d'eau par jour — est essentielle, même sans sensation intense de soif. Éviter l'alcool dans les premiers jours à haute altitude est conseillé, car il favorise la déshydratation et perturbe le sommeil.
L'alimentation joue un rôle secondaire mais réel. Les régimes riches en glucides semblent mieux tolérés à haute altitude que les régimes riches en graisses. Sur les expéditions en régions glaciaires comme la Cordillère Blanche au Pérou ou les glaciers du Karakoram au Pakistan, les cuisiniers de camp expérimentés adaptent les menus pour favoriser les féculents et les soupes.
Médicaments préventifs et curatifs
L'acétazolamide (Diamox) est le médicament le plus couramment utilisé pour prévenir et traiter le mal des montagnes. Il agit en stimulant la respiration et en accélérant l'acclimatation. Il doit être prescrit par un médecin et comporte des contre-indications, notamment pour les personnes allergiques aux sulfamides. Une consultation médicale préalable à toute expédition en haute altitude est fortement recommandée.
La dexaméthasone, un corticostéroïde puissant, est utilisée en situation d'urgence pour traiter l'OCHA, mais elle masque les symptômes sans traiter la cause sous-jacente. Son usage prophylactique systématique n'est pas recommandé. Le sac hyperbare portable (sac Gamow) permet de simuler une descente de plusieurs centaines de mètres en gonflant une chambre pressurisée autour du patient : c'est une mesure de sauvetage précieuse dans les situations où l'évacuation immédiate est impossible.
Reconnaître et gérer une urgence en glacière
Sur un glacier, la gestion d'une urgence liée au mal des montagnes est compliquée par le terrain et l'éloignement. Tout membre d'un groupe qui présente une ataxie, une confusion ou un essoufflement au repos doit être considéré comme une urgence médicale. La règle absolue est de descendre immédiatement et de ne jamais laisser seule une personne présentant des signes d'OCHA ou d'OPHA.
Consultez la carte des glaciers pour planifier vos itinéraires en tenant compte des altitudes de départ et d'arrivée des différentes zones glaciaires dans le monde, des glaciers andins de basse altitude aux géants himalayens.
Différences selon les massifs glaciaires
La susceptibilité individuelle au mal des montagnes est largement indépendante de la forme physique. Des athlètes d'élite peuvent être sévèrement touchés tandis que des randonneurs modestes s'acclimatent facilement. L'âge, la génétique, les expériences passées d'altitude et la vitesse d'ascension jouent tous un rôle. Sur les volcans glaciaires des Andes comme le Chimborazo (6 268 m) en Équateur ou l'Ojos del Salado (6 893 m) à la frontière chileno-argentine, les ascensions partent souvent de bases relativement hautes, laissant peu de temps pour l'acclimatation. Les guides locaux et les médecins spécialistes de médecine d'altitude sont des ressources inestimables pour toute expédition sérieuse.